Insuline : la bonne dose en 10 points

Publié le 3 Novembre 2014

Lorsqu’un diabétique veut manger, il lui faut faire un bolus, et donc penser comme un pancréas.

Difficile, quand on n’en a jamais rencontré un personnellement…

Pour faire son injection, le diabétique devra prendre plusieurs facteurs en compte (et c’est quand on les énumère que l’on se rend compte de la complexité de la décision à prendre assez rapidemment – le temps que la soupe tiédisse…).

 

Chers non-diabétiques, accrochez vos ceintures (ou défaites-les d’un cran) et imaginez que vous soyez attablé devant un bon repas : voici tout ce à quoi vous allez devoir penser en moins de deux minutes afin de bien imiter votre pancréas:

 

1 - La quantité de glucides comprises dans le repas ou l’en-cas. 10 grammes, 50 grammes ? La plupart du temps, le diabétique évalue d’un coup d’œil son assiette, quand on m’a dit il y a un an que j’y arriverai facilement, je n’y croyais pas du tout… Mais c’est ainsi : un diabétique regarde toute nourriture au travers du radar de la grille des glucides, et ce réflexe vient très vite !

 

2 - La qualité des glucides comprises dans le repas ou l’en-cas. Les glucides dans l’assiette vont-ils faire monter vite sa glycémie ? Si ce sont des Dragibus de Haribo (des haribos au déjeuner??) ou des grains de raisin, ce sera le cas. Si ce sont des flocons d’avoine ou du chocolat au lait, le sucre augmentera sans affolement. Attention également : les pommes de terre fraichement suites à l’eau passent plus vite dans le sang que les pommes de terre de la veille… Étonnant non ?

 

3 - La quantité de protéines et de graisses présentes dans le plat. Certains plats font monter la glycémie 6 à 8 (!) heures après ingestion. Viennoiseries, pizza, kebab, tous les plats roboratifs et consistants (et donc riches en lipides et protides) sont pour un diabétiques un peu délicats à injecter. Les « pompistes » feront un bolus dit décalé, les « écrivains » (injections sous stylos) étaleront eux aussi la prise d’insuline et feront deux, voire trois bolus. Il existe un calcul très intéressant à faire quand on a beaucoup de temps ou que le plat est vraiment beaucoup trop chaud : le calcul des Fett-Protein-Einheiten, que je développerai plus tard

 

4 - L’activité précédant la prise alimentaire sera également un facteur important : si l’on vient de faire une heure de course à pied rapide, le corps continuera à puiser du sucre dans les heures suivant l’effort. Il faudra donc tenir compte de cela afin de ne pas trop injecter d’insuline, ce qui entraînerait une hypoglycémie.

 

5 - Le taux de glycémie actuel (et donc en considérant le résultat au vu du point précédent). Pour parler de ce que je connais, je fais environ de 4 à 6 glycémies par jour :

- le matin au lever

- souvent en milieu de matinée

- avant le repas de midi

- souvent en milieu d’après-midi

- avant le repas du soir

- le soir au coucher.

Bien sûr, quand je fais du sport j’en fais plus souvent.

Celle du soir surtout est importante. Si on se couche avec un bon taux et que le taux basal est bien réglé, le taux au lever aura de grnades chances d’être bon : sur 24 heures, on aura donc déjà au moins 8 heures de bonne glycémie, soit un tiers de la journée, ce qui n’est pas négligeable.

 

6 - Le ratio du taux d’insuline pour un nombre de glucides donnés. Les diabétiques piquent leur insuline en calculant un certain ratio, qui varie en fonction de la journée. Certains piquent 1,5 unité d’insuline pour 10 grammes de glucides le matin, 1/10 le midi et à nouveau 1,5 ou 2/10 le soir. Car les corps sont ainsi faits – et c’est là la grande beauté et la grande subtilité de la chose - qu’ils ne réagissent pas de la même manière tout au long de la journée à la nourriture qu’on leur donne. Moi ça me sidère : les non-diabétiques ne se rendent conmpte de rien, mais leur machine subtile et délicate calcule et ajuste et affine en coulisses afin de diffuser juste la bonne dose d’insuline, en tenant compte des hormones, du stress, etc pour ne pas avoir ne trop ni trop peu de sucre dans le sang… Magique !

[Alors bon, ce que je vais dire maintenant fait un peu éléphant dans un magasin de porcelaine, mais en ce qui me concerne j’ai décidé que pour moi, le ratio était de 1/10 tout le temps.

Ça fait un peu relou, j’en suis bien consciente.

Et bien sûr, je garde dans un coin de ma tête que le matin j’ai besoin d’un peu moins d’insuline (mettons 0,8/10), surtout que je suis en général plus active la matinée ; l’après-midi, j’en ai besoin d’un peu plus… mais enfin pour ne pas compliquer trop mes calculs je prends 1/10 comme base de calcul.]

 

Oh mais je vois qu’à lire tout ceci, vous avez faim, n’est-ce-pas ? Mais nous n’avons pas encore fini, nous ne pouvons pas commencer à manger, car nous n’avons pas piqué notre insuline. Nous ne disposons pas encore de tous les éléments afin de faire notre injection.

 

Reposez donc fourchette et couteau et voyez plutôt :

 

7 - Le taux de glycémie-cible, c’est un peu le Graal après lequel courrent les diabétiques. Je pense ne pas trop m’avancer en disant que nous aimerions tous et nous nous efforcons tous d’avoir des glycémies comprises entre environ 80 et 140 mg/dl. Pas facile (et cela dépend aussi, voir plus bas, de l’activité prévue après le repas)…

 

8 - Le facteur de correction est également important : c’est ce qui nous aide à atteindre notre glycémie-cible. Pour à nouveau vous parler de ce que je connais, mon facteur de correction est d’environ 30 à 40 mg/dl (plutôt 30 dans la journée et plutôt 40 la nuit). Pour une unité d’insuline piquée, mon sucre baisse de 40 mg/dl. Donc si je démarre un repas avec une glycémie de 188 par exemple, rien que pour faire rentrer mon sucre dans les clous, il me faudra piquer 2 unités d’insuline. C’est ce qu’on appelle la correction (et pas la punition J). Et ensuite, je piquerais un surplus d’insuline pour mon repas.

 

9 - L’activité suivant la prise alimentaire. Que vous ayez prévu une grande balade en forêt, un match de foot, de débroussailler tout votre jardin, ou de faire du tricot avec vos voisines, du dessin avec les enfants ou simplement de vous affaler devant la télé tout l’après-midi, je pense qu’il saute aux yeux que votre dépense énergétique ne sera pas la même. Vous aurez besoin des glucides de votre repas pour une activité soutenue : ne piquez donc pas trop d’insuline, qui fait passer le sucre dans les cellules. Si vous faites une AML (Activité à Mouvements Limités, ça fait toujours plus chic que glandouiller), n’hésitez pas à viser votre glycémie-cible de toute la force de votre insuline et… piquez !

 

10 – L’insuline encore active et l’IOB. Je vois bien vos sourcile remonter jusqu’au milieu du front. Et je m’empresse de vous expliquer (comme on dit en Allemagne du Nord : Kinners wir essen zeitig !). IOB est un acronyme américain pour Insuline On Board. Mais tout ceci mérite explication.

- lorsqu’on programme un bolus décalé avec une pompe, on peut prolonger l’injection jusqu’à… 12 heures ! Comme l’homme qui a créé la machine (et que je remercie ici à genoux) suppose que l’homme qui s’en sert ne se souvient plus de ce qu’il a programmé il y a 12 heures, la pompe indique : Attention, tu t’es injecté un bolus décalé, et je te donne donc encore de l’insuline (mettons pendant encore 4 heures). C’est-ce que ma pompe appelle IOB.

- d’une facon générale, lorsqu’on s’injecte de l’insuline, il est bon de se rappeler quand et combien, car l’insuline ultrarapide agit encore 3 à 4 heures dans le sang. Si vous mangez alors que vous avez piqué il y a moins de trois heures, vous avez encore de l’insuline active qu’il faudra prendre en compte pour calculer le nouveau bolus. Les pompes à insuline ont cet avantage de préciser ceci à l’utilisateur, et même de lui proposer, pour une quantité de glucides indiquée, le bolus à donner en fonction de l’insuline encore active : cette aide peut être très précieuse.

 

Bien. Et maintenant vous avez faim et vous voulez MANGER. Je comprends.

Mais voyez-vous, certains nous ne sommes pas encore tout-à-fait prêts à attaquer le repas.

Je sais, nous avons évalué, pensé, calculé, pris en compte, tout prévu. Et : oui, je sais j’avais dit 10 points, tu ne sais plus compter ou quoi ??

Vous avez raison. Vous avez tout très bien fait, vous êtes très patients. Et certains diabétiques parmi nous ont déjà même piqué ou fait l’injection.

Et ben alors ?

 

Eh bien… certains diabétiques font ce qu’on appelle…

 

11 - … un prébolus. C'est-à-dire qu’ils piquent, puis attendent un peu avant de manger. On fait un prébolus environ 10 à 15 minutes avant le repas, afin que l’action de l’insuline commence lorsqu’on commence à manger.

Il est délicat de procéder ainsi.

Je pense qu’il ne faut pas faire cela au restaurant, où l’on n’est pas maître de ce que l’on met quand sur la table. À l’hôtel par exemple, ne jamais piquer l’insuline dans sa chambre avant de descendre à table… et si l’ascenceur avait une panne ??

Mais à la maison, pourquoi pas ? Si on y pense (!), pourquoi ne pas avancer un peu un bolus (ou une partie de bolus). Mais attention alors à ne pas se laisser prendre par une autre activité imprévue (coup de téléphone, visite impromptue).

 

 

Voilà, alors maintenant, c’est vraiment tout : bon appétit à tous et bonne journée à vous!

 

Rédigé par Amice

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