Réfugiés - Flüchtlinge

Publié le 4 Octobre 2015

Leur pas est hésitant, le regard incertain. Ils portent parfois un sac en plastique, parfois un sac à dos. Les yeux sérieux, ils observent tout, les pistes cyclables asphaltées, les belles voitures, la profusion de boutiques. Ils se font prendre en photo dans la baie de Kiel, souriants devant un bateau « «Odin ».

Ils sont seuls, restent ne groupe, entre jeunes adultes. Des familles. Des poches en plastique, des sacs de couchage. Des fichus. Des chaussures dépareillées.

La nuit, il fait 4 degrés. Ils dorment par terre, près de l‘embarcadère où le mobil-home géant surnommé « la cabane de Marise » attend lui aussi d’être embarqué pour le Danemark.

Ils marchent, les yeux hésitants. On les reconnait tout de suite, ils marchent sur les pistes cyclables et personne ne les klaxonne. On les a bien reconnus, le pochon, les yeux, la démarche, les chaussures, personne ne klaxonne les ignorants des codes.

Ils seront emmenés demain par bateau au Danemark, en Suède, but de leur long voyage.

En coulisses, les gens s’affolent. Combien sont-ils ? (Et qu’est-ce que ça change) Comment vont-ils ? (traumatisés) Ils viennent d’un pays chaud, ils vont avoir froid, collecte de pulls. Les enfants doivent aller à l’école. Collecte de cartables. Les adultes doivent prendre des cours d‘allemand (collecte de professeurs?) Où vont-ils dormir ? (Au plus près du bateau, surtout ne pas rater le ticket, il y a déjà eu des bagarres pour des tickets. Neumünster 4000 personnes, Kiel 700-1000 personnes en transit tous les jours, toutes les grandes villes accueillent, les demandes d’asile explosent. Les petits villages accueillent aussi : une bourgade raconte que 15 personnes dorment à la mairie (et font venir régulièrement les pompiers car ils déclenchent l’alarme en se faisant à manger sur un réchaud).

L’administration tente des comptes, des décomptes, des prévisions, des calculs. Le personnel est mis à disposition afin d’aller aider sur la base du volontariat. Où trouver des lits ? Des couvertures ? Les jeunes non accompagnés posent un problème grave. Non parce qu’ils sont seuls au monde dans un pays inconnu, ça c’est leur problème grave. Il faut qu’ils passent un examen médical qui déterminera leur âge. S’ils sont mineurs, tout un système spécial - et donc coûteux - de protection de l’enfance sera mis en branle. Les centres d’examens médicaux sont débordés.

Les photos, envoyées sur Facebook, les messages électroniques, le bouche à oreille, tout fonctionne, on se donne des conseils sur les destinations, les itinéraires, les choses à dire à l’administration. Où seras-tu le mieux accueilli, comment rejoindre la famille, les amis.

Mais tout de même, c’est différent de se l’entendre dire et de le faire.

On le voit aux yeux hésitants, baissés, aux pas incertains, aux petits sourires dans les petits matins, aux coups d’œil envieux, au regard triste, aux enfants bruns qui se tiennent par la main.

« Marcher dans une ville d’Europe, c’est déjà ça. »

Rédigé par Amice

Publié dans #réfugiés

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