De la simplicité de communication avec son FreeStyle, ou le monsieur du capteur voit que ton cerveau ne fonctionne sans doute plus beaucoup et ne parle plus que par monosyllabes

Publié le 31 Janvier 2017

Ma semaine étant un peu tranquille, j’ai terminé mon travail un peu plus tôt que d’habitude dans l’après-midi, faisant envie à mes collègues en leur disant que j’allais prendre un café en ville avec mon mari.

Terrible erreur! (Au passage j’aime beaucoup le message “fatal error” des ordinateurs, auquel je ne peux m’empêcher d’ajouter mentalement un ta-ta-taaam dramatique, histoire de souligner le game over en somme)

Je m’égare.

Mon sucre étant déjà un peu élevé (et en ce moment j’ai toujours du mal à le faire descendre, je fais moins de sport et ça colle un peu), je piquais donc :

6 unités d’insuline, puis encore

6 pour le chai latte (n’ai pas pensé que le sucre serait déjà intégré… pas moyen de savoir combien), et, ayant pris un brötchen à l’avocat mar plij, j’en ai encore rajouté

9 pour faire bonne mesure.

(sortez vos calculettes: nous en sommes déjà à 21.)

Nous sortons du café avec pour intention de faire quelques emplettes, et là la massue: HI. Juste HI. Comme ça ne m’est encore jamais arrive, pas moyen de savoir combien ce HI représente, mais en tous cas plus de 400.

Mmmh. Je me dis que quelques pas prudents vont bien faire bouger toute cette insuline, mais je commence à me sentir un peu patraque (je ne sais pas vous, mais moi je commence à me sentir mal à partir du moment où je vois les chiffres. 2 minutes avant, ça allait, mais quand on sait ce qu’il en est, on est patraque d’un coup).

Je remesure dans la voiture : HI.

Ça commence à m’énerver (et dans ces cas-là il ne faut pas s’énerver).

Je repique dans la voiture

10 unités, me rappelle qu’il faut piquer le double, en repique encore

9 (nous en sommes à 40).

Arrivée à la maison, je peux enfin faire une mesure capillaire, et je découvre un joli 517.

Je pique, cette fois au stylo,

15 unités (55),

remesure une demi-heure après (capillaire puisque les abréviations américaines de mon FreeStyle ne font pas avancer le bourrichon) : 519

Je vomis et me sens… comment décrire ça… un mélange de reste de gueule de bois, de début de grippe (mal aux os) et de gastro. En somme, je veux juste mourir.
 

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Mais (non la fin n’arrivera pas si vite, rebondissement) le sucre commence justement à descendre

Ouf, 442.

312

Puis descente tranquille : 104, 95. Le freestyle ne montre plus de flèche, ça se stabilise.

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Mon mari insiste pour que je mange quelque chose. Je n’en ai pas envie (puisque je veux mourir et surtout parce que je voudrais attendre au moins une heure pour voir si ça se stabilise), mais prends tout de même quelques pommes de terre à l’eau (je viens de lire un article dans le magazine Diabetes, qui a consacré son numéro sur les type F - en français Family and Friends -, qui se font tous du souci pour nous, je me dis qu'il faut peut-être que j'écoute pour une fois ses bons conseils. Et en plus, pour Sascha, quand on est malade, il faut manger, il tient  ça de sa grand'mère - vous dire que je ne suis pas toujours d'accord... mais mon cerveau ne me dit plus grand'chose de son côté, donc j'obtempère).

Et je pique un peu d’insuline.

Après tout, rien de ce que j’ai piqué via la pompe n’a eu l’heur de faire de l’effet (malgré changement de réservoir, de cathéter etc). Donc, même pas peur (enfin si, que ça remonte), et je pique

6 unités.

Et le sucre plonge.

Plonge, plonge, plonge.

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Vous savez ce que me dit mon FreeStyle ? LO.

Il n’y en a tellement plus, de sucre, qu’il ne voit pas plus rien, même pas chiffrable.

Mesure capillaire : 39, le Free Style indique une tendance forte descente.

Mmmmh.

Il est 21 heures et j’ai l’impression que ce n’est pas ma journée aujourd’hui. Enfin, j’aurais au moins appris quelque chose sur mon lecteur de glycémies, que je m’empresse de partager avec vous en termes clairs, chers lecteurs :

LO > 500

HI : < 40

 

Voilà-voilà.

Pour faire court : je ne suis pas morte, j'ai pris du sucre, ça n'a pas fait grand'chose, j’en ai eu marre et suis allée au lit, me disant que ça se résoudrait sans moi.

J’ai au moins atteint un état où je n’avais plus besoin de penser.

Ce matin, les hormones de contre-régulation ont bien fonctionné, le sucre repartait à la hausse. (Oh non… Mais au moins à peu près maîtrisables)

Je n’arrive toujours pas à expliquer cette forte hausse.

Les Allemands ont un mot qui parait un peu compliqué pour décrire ce phénomène, mais que je trouve tout-à-fait approprié : Stoffwechselentgleisung. Stoffwechsel, c’est le métabolisme. Entgleisung, c’est sortir des rails.

Le métabolisme déraille.

Bilan: pas moins de 90 unités d'insuline en une journée, record battu.

Le clou étant évidemment ce matin à l’arrivée au bureau et toutes les collègues qui m’ont demandée, un peu goguenardes : « Alors, vous avez passé une bonne après-midi en amoureux tous les deux ? »

De la simplicité de communication avec son FreeStyle, ou le monsieur du capteur voit que ton cerveau ne fonctionne sans doute plus beaucoup et ne parle plus que par monosyllabes

Mmmoui, effectivement, on peut aussi dire ça comme ça.

Bonne journée à vous!

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Commenter cet article

nicole 02/02/2017 10:16

Quelle aventure ! Et quelle dextérité dans la manipulation de l'insuline.
On m'a dit que parfois il ne fallait pas chercher à comprendre ce qui se passe. "On" a beau dire !
Vous devez être un tout petit peu épuisée... donc grosses pensées

Amice 02/02/2017 10:34

Merci Nicole, oui on est bien content quand c'est passé :) Mais le lendemain, on reprend la routine comme si de rien n'était (bon, avec un peu de fatigue en plus). Vraiment une maladie très étonnante...