Confiance (en vous)

Publié le 13 Décembre 2015

Avec toutes ces histoires, de hausses, de baisses, de crises (et je ne parle toujours pas de finances...), on en vient à ne plus savoir que croire.

Comment savoir si ce n'est pas une hypo à chaque fois qu'on transpire, que le bout des doigts ou les côtés de la langue fourmillent? Si c'est une gastro ou une hypo quand on a l'estomac retourné? Que vos yeux ne vous trahiront pas par une rétinopathie précoce quand votre sucre flirte avec la barre des 400 et que vous mettez 3 heures à vous en rendre compte?

J'ai un ophtalmo très pointu mais très sec. Le type débite à son dictaphone tout ce qu'il observe dans le fonds de ton oeil sur un ton monocorde, alternant latinismes et abréviations. On n'y comprend parfois goutte... Je suis bien contente de capter de temps en temps un „o.B.“ (ohne Befund – ras, l'a rien trouvé le monsieur).

L'autre jour, coincée sur la chaise par l'appareil spécial et aveuglée par la lumière verticale placée à 4 centimètres de l'oeil, je me suis rendue compte à quel point j'étais tendue et anxieuse seulement tout à la fin de l'examen, quand tout au bout de sa litanie latino-ophtalmologique, j'ai saisi les mots “aucun signe de rétinopathie ni d'aucune conséquence due aau diabète“. J'en ai eu les larmes aux yeux de soulagement, il a eu la bonté de corriger son texte deux ou trois minutes pendant que je me mouchais.

J'avias envie de lui dire: „Vous savez, c'est un combat de tous les jours et c'est pour entendre cette dernière toute petite phrase que je le mène“ ou bien „Vous savez, j'ai vécu dans une angoisse latente ces derniers jours, parce que je voyais des petites taches danser devant les yeux et que j'ai eu des épisodes de fortes glycémies“ ou bien „Vous savez Docteur, ça fait du bien de l'entendre“ ou bien „Vous savez, ça me préoccupe tous les jours, les yeux, les reins, les maladies cardio-vasculaires“ ou bien „Vous savez, je marche tous les jours pour faire baisser mon sucre en ayant besoin de moins d'insuline“ ou bien „Vous savez, je viens de lire un livre[1] où l'auteur parle d'une opération des yeux, vous voulez bien m'expliquer? Qu'est-ce que c'est? C'est vous qui la ferez si j'ai un problème? Ça s'opère, ça se guérit? C'est comment, très grave, moyennement grave? Vous connaissez vous aussi „une épée“?“

Bien entendu, je n'ai rien dit. J'ai pris mon papier pour le prochain rendez-vous et c'est tout.

Voilà donc les monologues silencieux que j'épargne à mes toubibs. Je leur épargne aussi la question à deux balles que j'ai envie de poser à tous les médecins ayant un peu d'embonpoint et dont je suppose qu'ils restent assis sur leur fauteuil 8 heures par jour: Et votre glycémie, vous la surveillez, vous?

Ne serait-ce qu'à mon dentiste qui me posait une couronne provisoire et qui insistait bien sur sa blague à deux balles: „Et surtout pas de bonbons collants hein? Mais avec vous, pas de danger hein?“

Je précise que le fils et le mari de la secrétaire de cette andouille farcie sont tous deux diabétiques de type 1. Et il pense toujours que les diabétiques sont interdits de bonbons.

Je ne vois toujours pas comment on va éclairer la population sur le mal galopant du siècle si les médecins, qui sont censés avoir fait des études n'y comprennent déjà rien, endocrinologues en devenir en tête (je l'ai vécu pour vous: un diabétologue en devenir, travaillant à son doctorat sous la houlette d'un éminent diabétologue de Lübeck, me demandant comment je faisais au jour le jour avec mon régime... et ne sachant pas quelles étaient les méthodes de mesures glycémiques interstitielles: un jeune homme branché à Internet et dont ce sera le boulot dans 2 ans de soigner des diabétiques de type 1 et 2 au 21ème siècle!! Mais il n'aura donc aucune information neuve à leur donner??). On croit avoir affaire aux docteurs de Molière, dans toute leur verve, originaux et non dépoussiérés.

S'agissant du diabète, dès que j'ai affaire au corps médical, c'est toujours à Molière quer je pense, à Purgon et Diafoirus. Obsurantistes, conservateurs, formalistes, verbalistes et tuant par ignorance sans vergogne leurs patients.

„Ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser; mais, pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent point du tout!“

Bérale, in Le Malade Imaginaire.

Allons, sachons nous détacher du savoir de certains cancres et croyons en les fortes capacités de notre corps. Ayons confiance en nous.

Bonne journée à vous!

[1] Diabétiquement vôtre, un livre à mettre dans toutes les mains, diabétiques ou non : merci Papa Noël!

Rédigé par Amice

Publié dans #diabète, #thérapie

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