Les Mouillettes et le Chevalier

Publié le 17 Septembre 2015

Ici en Allemagne, les TD1 comptent en Quartal. En trimestre. Pour la petite histoire, ce mot m’a toujours déstabilisée. Les Allemands partagent l’année en 4 quand les Français comptent les mois trois par trois… Je sais, à peu de chose près on tombe sur le même résultat, mais sachez que je vérifie toujours si on parle bien de la même chose (et j’habite ici depuis plus de 15 ans, il va tout de même falloir que je pense à me mettre un post-it…).

Bref donc, ces quartals, quart d’année ou trimestre, rythment la vie. Car les caisses d’assurance maladie basent les calculs de besoins en médicaments ou en matériel médical sur trois mois.

Si vous ne le savez pas, je vous le confie ici : tous les diabétiques de type 1 ont besoin de 500 Teststreifen, les bandelettes pour mesurer la glycémie ou mouillettes pour les intimes en trois mois. Jeune, vieux, sportif, on s’en fiche : 500 en 90 jours.

Que cela ne suffise pas toujours paraît une véritable aberration aux caisses d’assurance, qui tiennent le discours suivant : si tu as besoin de plus de bandelettes parce que tu fais du sport, ne fais de sport.

Ce qui me rappelle ce que je dis toujours à mes enfants qui me disent « J’ai mal au coude / au genou / au ventre quand je fais ça », « Eh bien ne le fais pas. ». Boutade de ma part, vous l’aurez bien compris, mais pas de la part des caisses d’assurance maladie. Là, on ne rigole pas.

Alors, dans l’espoir qu’un décideur d’une caisse d’assurance maladie allemande a l’immense joie de pouvoir lire mon blog, je fais le récapitulatif suivant :

Je mesure ma glycémie…

  1. toujours le matin à jeûn – afin de voir comment s’est passée la nuit.
  2. vers 08 :30 - 09:00, un peu après être arrivée au travail (je fais environ 35 minutes de vélo, et j’aime foncer, le sucre ayant tendance à baisser après le sport)
  3. en cas d’hypo en milieu de matinée
  4. toujours avant la pause déjeuner (nous allons souvent faire une marche d’une demi-heure, pas question de faire une hypo au milieu de tout)
  5. après le repas, selon ce que j’ai mangé (si ce sont des choses grasses, 2 heures après le repas)
  6. toujours avant de repartir à la maison (se confond parfois avec celle du dessus)
  7. toujours avant le repas du soir
  8. toujours avant le coucher afin d’ajuster mon insuline
  9. toujours en milieu de nuit

Si vous compter les toujours, il y en a 6 par jour (état des doigts en fonction).

x 90 (jours par trimestre) = 540.

Voyez le bins.

Mon sucre sur le long terme est certes bon (6,4), mais c’est aussi le résultat d’un contrôle serré (puisque je ne peux pas le faire en continu, les mêmes caisses d’assurance maladie refusant de nous rembourser les systèmes de CGM ou de FGM).

Si un DT1 souhaite plus de mouillettes, il faut qu’il demande l’autorisation à son médecin, qui devra faire un papier signalant que ce malade décidément sportif ou consciencieux ou souhaitant prendre soin de sa santé, a spécifiquement besoin de plus de matériel. Ce que les médecins font heureusement sans problème, mais tout de même… Il faut demander.

Les cathéters sont eux aussi limités. Pas plus de tant par trimestre. Ce qui aboutit au truc absurde que, deux semaines avant la fin du trimestre (lundi dernier, on ne peut pas faire plus actuel), la caisse d’assurance maladie me somme de rendre trois cartons de cathéters (j’en avais assez, mais par erreur j’en ai demandé en supplément avant les vacances).

Ainsi donc, je suis allée rapporter mes trois boîtes.

Dans deux semaines, je pourrais les reprendre.

Je sens qu’un Chargé de Dossier est en ce moment même en train d’examiner à la loupe ce que l’on me prescrit et pense sans doute que je vais démarrer un commerce de colliers résistants à l’eau faits avec les cathéters et qu’il va heureusement freiner mon élan et mes drôles d’idées au nom de la Caisse d’Assurance.

Il va agir de tout son poids afin rétablir l’Ordre et la Justice et faire en sorte que ces Malades ne vident pas les Caisses.

Me voilà rassurée, Quelqu’un veille.

Même anonymement, ça fait quand même du bien de se savoir soutenue. Parce que faudrait voir, je cotise, moi Madame, et pas qu’un peu. Comme les autres en fait, pareil.

Mais si tous ces malades commencent à changer de cathéters comme de chemises : où va-t-on ?

Bonne journée à tous!

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