La force majeure

Publié le 14 Juillet 2015

Je l’ai dit et répété: je pense que les diabétiques ne devraient pas laisser la maladie diriger leur vie. Ne pas faire de sport, manger à heures fixes selon un plan strict… non : plutôt adapter les quantités et les horaires d’injection d’insuline à l’activité (ou à la non-activité) ou à la nourriture. Cela demande bien sûr des calculs supplémentaires et souvent complexes, mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

Parfois cependant, le diabète gagne le randori, met le diabétique hors de combat, l’aplatit au sol comme une crêpe, platsch on ne bouge plus.

C’est le cas par exemple lors d’une hyperglycémie.

Imaginez et rendez-vous.

C’est un dimanche en famille comme tant d’autres dimanches et tant d’autres familles : réveil à 10 heures, petit-dèj à 11 heures, téléphonage avec la famille puis mise en branle pour le branle-bas du ménage général dominical.

Chacun s’active, les uns déboulonnent et astiquent la cuisine, un autre fait main basse sur tout ce qui traîne pendant que la dernière passe derrière et aspire la poussière. Et fait une pause pour vérifier sa glycémie, et puis aussi parce qu’elle a un peu soif. Ça donne soif la poussière. Et une glycémie de 483 aussi. (Limite inférieure 70-supérieure 140, je rappelle pour les non-initiés).

On arrête tout, on se lave les mains et on recommence : 463. Mmmh. Maman fait une pause - forcée.

Rapides pensées en désordre :

. Le taux d’erreur étant de 10%, le résultat est correct et de toute façon trop élevé.

. Je viens de m’activer, mais avais piqué l’insuline (vérification à la pompe)

. J’avais senti de façon éphémère une petite odeur d’insuline en piquant mais n’y avais pas prêté grande attention

. Je viens de m’activer, mon corps a produit déjà des corps cétoniques parce que j’ai été tonique - haha - mais suis-je en acidocétose ?

. Rester calme

. Boire

. S’installer avec papier crayon – tout noter en cas d’urgence, si je ne suis plus capable de parler - après

Rapide calcul : 10 Unités d’insuline feront baisser le sucre de 300 pour atterrir à 180, ce serait déjà pas mal.

Re-calcul pour être sûre – 10 unités d’un coup c’est quand même pas tous les jours…

Allons-y, injection.

Et je décide de mesurer toutes les 15 minutes ma glycémie. Si je suis déjà en acidocétose il me faudra piquer le double. Voici mes notes :

14 :00 : 483, réflexion, calculs, chercher des bouteilles d’eau

14 :15 : piquer 10 IE

14 :30 : 440 – ça baisse, chic

14 :45 : 502 – et m… ! Mal de tête, grande fatigue soudaine – surtout ne pas dormir, qu’est-ce que je fais, je pique encore… ou non ? Tant pis j’y vais : re-10 IE – informer mon mari au cas où il y ait un problème après

15 :00 : 370 – et re-m… ai-je trop piqué ??

15 :15 : 310 – en tous cas, ça baisse, mais surtout ne pas dormir

15 :30 : 276

15 :45 : 200 - manger 4 pommes, au cas où j’ai trop piqué elles feront certes grimper mon sucre de 200, mais plutôt lentement, j’aurai le temps de voir venir

16 :00 : 175

16 :15 : 140

16 :30 : 123 – aieaieaie, ca baisse trop meeerdeu - manger 3 toast, 4 BE pour faire monter le sucre moyennement vite

16 :45 : 105 – merdmerdmerdeu si ça continue ca va pas aller - 2 KE en dextrose pour le faire monter d’un coup

17 :00 : 131 – wtf is that bins ?? je risque et je pique 3 unités d’insuline

17 :20 : 120

Je me sens bien et décide de ne plus mesurer que toutes les heures pour ne pas tomber dans un yoyo sans fin – et c’est la bonne solution : le sucre reste stable par la suite.

Vous parlez d’un dimanche…

En fin de compte, tout était ok avec la pompe, je ne sais toujours pas pourquoi le sucre a monté autant d’un coup…

Vous me direz : j’aurai pu faire un test pour voir si j’étais en acidocétose, j’aurai même pu en faire deux : un où on pique, comme pour une glycémie, et un où on fait pipi dessus, comme les tests de grossesse. Le premier ne m’est même pas venu à l’esprit. Le deuxième si, mais j’ai eu une grosse flemme de le faire, j’aime pas faire pipi sur des bandelettes, à quoi ça tient la vie quand même…

Douce pensée aux diabétiques de Grèce, de Syrie, du Togo, de toutes les zones de guerre, de toutes les régions pauvres (et à leurs parents quand il s’agit de petits bouts…), qui eux, n’ont pas d’insuline pour réguler – et n’ont sûrement pas les moyens de rester tranquilles allongés sur un fauteuil ikea poang avec un bon polar en attendant que ça passe…

Bonne journée à vous !

Rédigé par Amice

Publié dans #diabète, #hyperglycémie

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A
Bonjour Potame,
bon courage à vous pour démarrer votre combat. L'annonce n'est jamais facile à avaler, mais on s'adapte vite. J'ai été étonnée de voir à quelle vitesse j'ai su piquer les glucides approximativement... même de nourriture "inconnue-avant-diabète" (40 ans d'inconnu quand même...)
Je suis surprise de la maturité de la remarque de votre petit cousin. Quel altruisme et quelle clairvoyance pour son âge!
Espérons que nous ne soyons pas confrontés à cette situation.
Surtout rappelez vous: avec le diabète et l'insuline: vous ne faites jamais d'erreur: vous faites toujours de votre mieux...
Bonne journée à vous et gardez le sourire!
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P
Merci pour cet article. J'ai été diagnostiqué, il y a peu et ne connaissant personne avec la même maladie, j'ai toujours l'impression de mal faire. Alors mine de rien, ça m'aide de lire comment il faut réagir dans des situations auxquelles, on est pas forcément préparé.

Le dernier paragraphe est malheureusement vrai. Cela me rappelle la remarque de mon petit cousin de 8 ans, quand il a appris ma maladie "Mais en cas de guerre, tu auras pas de médicaments et tu vas mourir"...
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