Combattant

Publié le 9 Mai 2014

Quand on fait une hypo, on est après une pauvre petite chose tremblante, glacée, trempée de sueur, épuisée et qui n’a qu’une envie, c’est de se mettre au lit roulée en boule sous deux couvertures. Même ouvrir les yeux est fatigant.

Enfin curieusement, c’est ce qui m’arrive quand je fais des hypos le soir, la nuit – comme hier soir par exemple. Quand je fais des hypos le matin, comme avant-hier par exemple, ça me paraît plus supportable (peut-être simplement parce qu’on les repère plus vite que lorsqu’on dort, et que l’on peut donc réagir plus vite.)

J’imagine donc un rendez-vous avec un médecin qui verrait les taux et qui dirait : moui c’est bien, vous vous êtes réveillé en hypoglycémie, vous avez pris 2KE (20g de glucides rapides), vous avez attendu un peu et vous avez mesuré votre glycémie qui était à 58 (on mange d'abord on mesure ensuite), puis vous vous êtes rendormie et au matin, vous étiez à 110, c’est donc parfait.

Oui, sur le papier, c’est bien. Pour ce coup, j'ai tout fait comme c'est décrit dans les magazines. En vrai c’est la galère.

Dans tous les livres ou articles, les auteurs et les médecins bien intentionnés expliquent, chiffres et arguments à l’appui, que lorsque l’on sent le taux de sucre baisser, il faut prendre 1 ou 2 KE pas plus, attendre un peu, puis mesurer le taux. Et éventuellement, resucrer avec 1 KE. Dans la réalité, ça marche parfois. Et parfois pas.

Parfois, je ne suis attirée que par les pommes (alors qu’en fait c’est un mauvais resucrant, puisque les fibres ralentissent la venue du sucre dans le sang), et effectivement, le cerveau marche bien, on se contrôle et la machine repart. Mais parfois… parfois…

Dans les blogs de diabétiques de type 1 sur lesquels je suis tombée j’ai lu que nous avons tous ce qu’on appelle en allemand des « Fressattacke », des crises de bouffe (ça n’est pas vraiment de la boulimie, je ne veux pas galvauder ce terme). C’est juste une crise de sucre. Mais quelle crise! Rien que le mot en allemand n'augure rien de bon... Le cerveau n’arrive plus à contrôler les mains, d’un coup d’un seul, ce ne sont plus 2 «Naschis» (bonbons) de Haribo qui vont suffire à rétablir le taux de sucre, mais c’est tout le paquet qui y passe. Ce n’est plus le verre de jus de pomme pour booster sa glycémie rapidement, c’est toute la bouteille, ce n’est pas la cuillerée de nutella (aussi déconseillé : apport de graisse, sucre arrive lentement), «egal» comme disent les Allemands, ce sera tout ce qui reste dans le pot qui y passera. Ou les trois combinés. Sans passer par la case insuline bien sûr, pourquoi piquer on est en pleine hypo, là…

J’espère que vous le savez, les diabétiques sont loin d’être bêtes, ils connaissent parfaitement la règle des 2 KE, prendre 4 petites plaquettes de dextrose suffit, et on attend…

Sauf que parfois, pas moyen de se contrôler, on finit tous les paquets, et encore celui de chips tant qu’on y est, on déchire ceux qui ne sont pas entamés, c’est la razzia, tout y passe. Et la bonne conscience passe à la trappe avec le reste. Et on se trouve bien bête après, sonné, et on se dit : « Mais qu’est-ce qui m’a pris ?? »

Cela veut-il dire, puisque nous sommes là tremblants, grelottants et pleins de mauvaise conscience et de mauvais sucre, que nous aurions perdu notre combat, notre randori au sol ? L’adversaire se serait-il échappé ? C’est donc lui qui a gagné cette fois ?

Non. C’est nous. Nous: Viviane, Finn, Amice, Sascha, Ilka, Wiebke, nous tous. On a du mal, mais les gagnants, c’est encore nous, toujours nous. Tremblants, grelottants, épuisés oui, mais d’avoir à nouveau terrassé l’adversaire. Il a voulu se libérer le bougre mais ça ne marche pas.

Ici le récit du combat d’Ilka. Celui de Sascha. La photo du mien.

les armes

les armes

En ce qui concerne les hypos, je devisais cette nuit avec mon Typ 3 (qui de toute façon était réveillé), nous tentions de reconstruire la journée pour savoir où il y avait eu le truc qui avait conduit à l’hypo (et vous remarquerez que je ne dis pas : où j’avais fait une erreur ! Les diabétiques ne font jamais d’erreur avec leur diabète : ils font tous de leur mieux – et je suis on ne peut plus sérieuse).

Pendant que nous discutions (et que j’essayais de rassembler mes morceaux), mes sueurs froides étaient lentement absorbées par la serviette-éponge qu’il m’avait passée autour du cou (comme Rambo), que nous disions que la course à pied n’était certainement pas étrangère à tout cela, que nous essayions de voir où il y avait pu y avoir un pic d'insuline, mes idées se remettaient doucement en place. Je sentais presque mon cerveau aspirer le sucre comme les enfants boivent une limonade à la paille jusqu’à la dernière goutte en faisant « Aaahh ! », et voilà, je pouvais à nouveau penser. Ce n’était plus des idées effilochées, bondissantes et désaccordées. Ce n'était plus le corps qui mène le combat contre lui-même et le manque de sucre, où l'on sent ses forces faiblir et où l'on ne se contrôle plus. C’était l’apaisement après la lutte, le calme après la tempête. Ça va mieux. Respire. Et va au lit sous deux couvertures.

On s’endort terrassé, et on se réveille le lendemain, reposé, la journée d’hier est effacée. Les forces sont reconstituées, les adversaires se saluent de part et d’autre du tatami, on est à nouveau prêt, d'attaque.

Parents d’enfants diabétiques, même si c’est difficile pour vous, accordez-leur des «Fressattacke», c’est incontrôlable, mais on ne peut pas toujours faire comme sur les papiers glacés des magazines. Laissez-les se battre. Leur corps se régulera de lui-même.

Bonne journée à vous !

Rédigé par Amice

Publié dans #diabète, #hypoglycémie

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